Jurassic Park

Publié dans : Films

En bref 🔗

Un film presque parfait, même visionné presque trente ans plus tard !

Contexte 🔗

Le film sort en 1993, et se base sur le livre éponyme écrit par Michael Crichton trois ans auparavent. La génétique et le clonage étaient alors des domaines scientifiques relativement nouveaux, et alimentaient le fantasme de recréer des animaux éteints, et en particulier des dinosaures.

C’est ainsi que John Hammond (incarné par le regretté Richard Attenborough), riche à milliards, se lance dans la création d’un parc peuplé de dinosaures ramenés à la vie par la science.

Les personnages 🔗

La quasi-perfection de Jurassic Park vient en partie de son casting. Aucune fausse-note n’est à déplorer : les personnages sont variés et originaux, et leurs interprètes sont tous absolument stupéfiants.

Alan Grant, par exemple, interprété par Sam Neill, atteint un équilibre rare entre l’enthousiasme et l’inquiétude, et entre l’assurance et la peur. Cette remarque est valable tant pour le personnage que pour l’acteur : Sam Neill est juste et précis, cerne parfaitement Alan Grant, comme s’il avait été lui-même un paléontologue renommé.

Laura Dern prête ses traits et sa voix à la paléobotaniste Ellie Sattler. Elle aussi est juste et précise dans son interprétation : joie, stupeur, peur, terreur, sans fausse note.

Mon acteur préféré du film, et que je retrouve avec plaisir dans Le Monde Perdu, et dans une moindre mesure, dans la saga Jurassic World, c’est Jeff Goldblum, qui incarne le Professeur Ian Malcom, chaoticien de son temps. Ce qui est surprenant d’ailleurs, puisque je suis moi-même détracteur de la théorie du chaos depuis longtemps ! Pourtant, Ian Malcom dégage une assurance charismatique, et s’exprime d’une voix telle que seul Jeff Goldblum est capable de produire. Et, en plus de son intelligence, il est doté d’un humour varié, allant de la moquerie à la dérision, en passant par la vanité et le flegme.

Richard Attenborough est un choix intéressant pour le personnage de John Hammond, à l’origine du parc et de ce qu’il contient, ce pourquoi il a “dépensé sans compter”. En effet, Richard est le frère de David, qui est naturaliste. S’il avait les traits parfaits pour incarner un riche entrepreneur qui veut passer sa retraite à dépenser sa fortune pour réaliser un rêve, son frère fut sans doute une importante source d’inspiration pour l’élaboration de son personnage.

Il est grand-père de deux enfants, Tim et Alex, respectivement interprétés par Joseph Mazzello et Ariana Richards. Le premier, le plus jeune, est passionné de dinosaures, alors que sa soeur est une nerd. Des enfants très intelligents donc, et qui se montreront plus ou moins aptes à gérer une situation de crise. Là encore, la prestation fournie par leurs acteurs respectifs est excellente.

On fait également la connaissance du Dr Wu, que l’on ne croisera plus avant la saga Jurassic World. Un Dr Wu incarné par un B. D. Wong tout jeune mais déjà en train de mélanger des ADNs et concocter tout un tas de créatures toutes plus extraordinaires les unes que les autres. Ce n’est que plus tard que les scénaristes lui donneront un rôle plus sombre, mais dans Jurassic Park, c’et un jeune scientifique à l’aube de découvertes majeures.

Autre de mes personnages préférés, Samuel L. Jackson dans un rôle où on ne l’attendrait pas aujourd’hui : le nerd, suffisamment bon pour gérer le parc avec quelques stations Quadra 700, mais malheureusement pas assez pour rattrapper les errements de Denis Nedry, lui aussi informaticien, mais passé du côté obscur de la Force. Samuel L. Jackson se montre extrêmement convainquant clavier à la main, ce qui est plutôt rare sur les écrans. Ses doigts parcourant les touches du clavier d’un rythme élevé témoigne d’une assurance que j’ai vu chez peu d’acteurs qui, dans pareille situation, ont tendance à surjouer. Et l’ambiance qu’il met dans la salle de monitoring, rien qu’avec son mégot de cigarette fumant comme si cette fumée sortait vraiment de son cerveau, est digne des cyber cafés des années 1990, et fait vibrer ma corde sensible. Enfin un informaticien est présenté sur grand écran dans un rôle crucial, important, et plus comme un gosse qu’on enferme dans un casier.

Ce qui n’est pas le cas de Dennis Nedry, interprété par Wayne Knight, qu’on déteste assez rapidement puisqu’il va être à l’origine de la chute du parc. À noter toutefois l’arc narratif intéressant à son sujet dans la série LEGO® Jurassic World : La Légende d’Isla Nublar.

On notera enfin trois acteurs de relativement moindre importance, mais tout aussi bons : Bob Peck qui incarne Muldoon, le garde-chasse (un rôle qui sera attribué à différents acteurs au fil des épisodes de la saga), Martin Ferrero qui incarne Donald Gennaro, l’avocat de Hammond, et Cameron Thor qui interpréte Lewis Dogson qui, semble-t’il, pourrait avoir un rôle à jouer dans Jurassic World: Dominion, le chapitre conclusif de cette histoire à placer aux rangs des plus grandes de ce siècle, telles que La Planète des Singes, ou Alien.

Esthétique 🔗

Les débuts de la génétique sont aussi les débuts de l’informatique artistique, et c’est en visionnant le Making Of que l’on s’en rend le mieux compte. Spielberg et ses équipes n’ont rien fait de moins que révolutionner les effets spéciaux. Entre les dinosaures moulés et construits à échelle réelle, les animatroniques gigantesques produites pour les besoins du film, et l’utilisation de l’informatique pour animer tous ces animaux, avec les moyens de l’époque, considérant qu’aujourd’hui encore on galère à faire des films mêlant prises de vue réelles et animation par ordinateur, on se rend compte que le travail sur les dinosaures a été titanesque, et que le résultat est largement à la hauteur des attentes. Ces effets spéciaux ont marqué le début d’une nouvelle ère.

Jurassic Park. 1993. J’ai dix ans, geek (des dinosaures et des ordinateurs). Je regarde ce film près de quatre cent fois en deux ans. Je le regarde encore aujourd’hui, presque trente ans plus tard, au moins une fois tous les deux mois. Et il y a un élément constant dans toute la saga : l’île de Kauai. Et je rêve d’y aller. Je rêve de voir ce que tous ces gens ont vu, car c’est pour moi le plus bel endroi sur Terre, celui qui m’attire le plus, celui où je pourrais me sentir chez moi.

Kauai, dans l’archipel d’Hawaï, est l’endroi parfait pour filmer Jurassic Park et c’est d’ailleurs ce même emplacement qui a été choisi pour les plans larges en extérieur de toute la saga, ajoutant la constance au merveilleux, la beauté au sauvage, le naturel et l’artificiel, la quiétude et l’effroi, car non contents de nous montrer l’île sous ses plus beaux attraits (ah, ces montagnes…), on nous montre aussi une île ravagée par les tempêtes, créant un climat aussi important pour le film original que pour les autres puisque c’est encore un élément que l’on retrouve dans toutes les suites.

Bande son 🔗

John Williams est responsable de ces quelques notes qui me restent en tête depuis trente ans. Seul un maître peut m’infliger une telle torture, car chaque fois qu’elles résonnent, je dois regarder le film. Tel les croyants allant à la messe au son des cloches, ces violons me poussent à rejoindre ma TV et me plonger dans Jurassic Park, puis dans Jurassic World, encore, et encore, sans jamais ressentir le moindre ennui. Il fait partie de ces compositeurs capables de raconter une histoire avec ses musiques, de façon aussi claire et expressive que n’importe quel scénariste avec des mots. Déjà considéré comme une légende bien avant Jurassic Park (on lui doit les musiques de Star Wars et Indiana Jones notamment, excusez du peu), ce film lui offre l’occasion d’essayer autre chose. Et tout génie qu’il est, il a accompli cette tâche avec brio.

Les bruitages sont loin d’être en reste, car faire “parler” des animaux disparus et desquels nous ne disposons toujours pas d’informations précises sur les bruits qu’ils pouvaient émettre, est également un coup de génie. L’observation, l’enregistrement et le mixage de différents cris d’animaux contemporains, tels que des dauphins, des lions, des orques, des éléphants, etc. ont permi de réaliser des bruits originaux, dans lesquels on sent un travail acharné de curiosité mêlée de passion, pour tenter de trouver la bonne combinaison, et le fait est que ça marche. On découvrira peut être dans quelques dizaines d’années qu’en réalité, ils en étaient loin, mais pour 1993, pour Jurassic Park, le travail de bruitage est parfait.

L’histoire 🔗

Bien que s’inspirant du livre de Crichton, Jurassic Park s’en éloigne. Je ne peux lui en tenir rigueur : le film a apporté une dimension inconnue du livre, la troisième. Voir ces dinosaures évoluer et interagir avec leur environnement est une toute autre expérience que se les imaginer. Certes, le travail de Crichton a été indispensable, mais Spielberg lui a donné une forme que n’importe qui peut appréhender. De plus, l’histoire suivie par le livre me semble moins pertinente, moins agréable à contempler. Le film, quant à lui, nous offre des arcs narratifs à foison, certains sous-exploités, comme Le Monde Perdu et Jurassic Park III, d’autres prodigieux comme la saga Jurassic World. Au bout du compte, on en veut toujours plus.

Jurassic Park est aussi une réflexion sur notre usage des sciences, que l’on peut résumer à cette citation de Ian Malcom :

Vos scientifiques sont tellement préoccupés à chercher comment créer des dinosaures qu’ils ne se demandent pas s’ils en ont le droit.

Le film interroge sur la notion du “pouvoir” (être capable de faire quelque chose) opposée à celle du “devoir” (est-il moral de faire ce dont on est capables ?), mais aussi sur la notion de contrôle, centrale dans Jurassic Park mais oubliée dans ces suites, jusqu’à l’arc Jurassic World.

Outre ces réflexions philosophiques, en 1993 se posait la question de savoir si les dinosaures étaient plus proches des oiseaux que des reptiles, et c’est avec assurance que Jurassic Park tranche pour la première option, par la voix d’Alan Grant, qui sera moqué pour cela au début du film. L’idée vient du paléontologiste Jack Horner (qui a aussi participé à l’élaboration de l’esthétique des dinosaures). Les recherches menées sur la question durant les décennies à venir ont apporté de nombreux éléments allant en ce sens, faisant pratiquement de Jurassic Park un film d’anticipation, en tout cas sur ce point spécifique.

Conclusion 🔗

Un film que j’ai vu pour mes dix ans et que je regarde régulièrement avec un plaisir qui n’a rien perdu de sa force ne peut être qu’un film d’exception. C’est la raison pour laquelle je lui accorde sa place de meilleur film de tous les temps, ex-aquo avec Jurassic World, car l’un corrige les défauts ou manquements de l’autre : il est indispensable de voir le premier pour s’émerveiller sur le deuxième, et il est non moins indispensable de regarder le deuxième pour créer la nostalgie du premier. Ils sont complémentaires, et ont contribué à me donner des émotions étant jeune, et y contribuent encore aujourd’hui après trente ans.

Les imperfections de Jurassic Park sont si insignifiantes que je les ai gardé pour la fin : il manque de la romance (qui aurait créé un attachement encore plus fort aux personnages d’Alan et Ellie) et du sex-appeal (Allan et Ellie sont loin d’être aussi beaux qu’Owen et Claire de Jurassic World).