Richard Dern

Neuro-atypique | Écrivain | Développeur Web

Ne rien faire sans l'ambition du spectaculaire, mais se rappeler que l'intensité de l'échec est proportionnelle à l'ambition de la tentative.

Plaidoyer en faveur de l'intelligence

Table des matières
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Je ne supporte plus l’acceptation sociale de la ségrégation de l’intelligence. Comment peut-on considérer comme acceptable la maltraitance dont sont victimes les gens intelligents, de leur plus jeune âge jusqu’au moment de leur isolement social total ? Comment peut-on voir des oeuvres culturelles tourner en dérision l’enfermement d’un « intello » dans un vestiaire, moquer ses passions et centres d’intérêts, mépriser ses choix de vie sans éprouver au moins de la gêne ?

À une époque où les mouvements sociaux se font de plus en plus fréquents et intenses, où chaque groupe revendique à raison le droit d’exister, les gens intelligents font toujours l’objet d’exclusion sociale. Le regard qu’on porte sur eux est toujours imprégné de dégoût, de répulsion, de mépris. On les croit égocentriques, on les croit bizarres, on les croit mégalomanes. On leur prête de mauvaises intentions, on se persuade qu’ils vont manipuler les autres pour arriver « à leurs fins », sans même savoir ce qu’elles sont.

Même le milieu médical n’a aucune considération pour l’intelligence des patients. Pourquoi les médecins pressent-ils tout le monde à faire du sport, alors qu’ils ne pressent personne pour entretenir leur activité intellectuelle, alors même que l’on sait à quel point cette activité est essentielle pour ralentir la dégénérescence du système nerveux et permet donc de se maintenir en bonne santé ? Comment accepter qu’un psychiatre traite un patient de nazi parce qu’il souhaite intégrer une association comme Mensa, sous prétexte que c’est de la « discrimination intellectuelle », alors que c’est exactement ce que fait le monde du travail en exigeant des quantités invraisemblables de diplômes et de compétences, ces mêmes diplômes qui ont permi à ces mêmes médecins d’accéder à leurs fonctions ?

Pourquoi l’intelligence fait-elle si peur ? Personne ne se sent menacé par un sportif de haut niveau, et pourtant, tout le monde se sent menacé par les gens intelligents. Comment peut-on dire que c’est « fatiguant de réfléchir », ou au contraire, que les métiers intellectuels sont réservés aux oisifs ? De quel droit peut-on placer les gens intelligents à de telles extrêmités sur le spectre de la perception individuelle ? C’est réducteur, désobligeant, en plus d’être faux.

Ce n’est pas le football qui produit des téléphones portables. Ce n’est pas le rugby qui envoie des satellites dans l’espace. Ce n’est pas la chasse qui informe le monde. Ce ne sont pas les activités physiques qui permettent l’évolution de la société et de la technologie, la communication d’un bout à l’autre du monde, la guérison des maladies, ou l’intégration sociale. Et pourtant, ce n’est pas l’intelligence qui est récompensée, reconnue. L’intelligence ne déplace pas des dizaines de milliers de personnes dans des stades. L’intelligence n’est pas suivie par plus de deux milliards de personnes à la télévision.

Je dénonce l’attitude scandaleuse de la société à l’égard des personnes intelligentes. Même le terme « intelligent » indigne, offusque, comme si l’on s’adressait à un dictateur qui méprise son peuple ; un terme dont on a fait une insulte, crachant le venin du mépris à la face de « ceux qui savent ». Comme si « savoir » était l’affaire d’une élite dénigrée par le bas-peuple qui ne cherche pas à comprendre quoi que ce soit, haïssant juste pour haïr.

Je suis intelligent, et je ne veux plus avoir peur de le dire. Je veux que toutes les personnes intelligentes puissent se sentir comme des athlètes qui gonflent leurs muscles pour montrer ce qu’ils valent et suscitent l’admiration. Je veux que toute personne intelligente soit appréciée, intégrée à la société, valorisée, comme le sont les sportifs. Je veux qu’on suive avec autant de passion la remise des Prix Nobels que la Coupe du Monde de football. Je veux qu’on puisse dire : « Je suis intelligent », et que cela soit aussi anodin que dire : « Je suis fort ». Je veux que l’intelligence soit banale, commune, appréciée de tous, et non plus moquée, dévalorisée, ou méprisée. Je ne veux plus que les gens intelligents aient à subir de harcèlement, comme c’est actuellement le cas dans l’indifférence générale.

Le temps est venu désormais pour apprécier l’intelligence, car il ne serait rien de ce que la société possède aujourd’hui sans elle. On ne peut continuer à l’exploiter de la sorte sans un juste retour de bâton. Il n’existe aucune raison pour que cette situation perdure, pas même celle de ne pas offusquer les moins intelligents. Seriez-vous capable de tenir ne serait-ce qu’un semi-marathon ? Est-ce pour autant que vous dénigrez ceux qui y parviennent ? Alors pourquoi dénigrez-vous ceux qui connaissent les mathématiques ou la physique, ou qui ont de la culture générale ?

Haussons-donc le ton, face à ces petits chefs méprisants, face à ces brutes pour qui l’école est ennuyante, et face à toutes ces personnes étrangères à l’instruction. Révoltons-nous contre le diktat du bien-être physique, et contre l’élitisme nauséabond de la culture d’entreprise qui exige des compétences qu’elle ne valorise jamais. Ne tolérons plus aucune forme de harcèlement et rappelons à tous que l’intelligence n’est pas la bénédiction ou le don qu’ils croient ou qu’ils jalousent.

#HQItoo