Richard Dern
Opinions impopulaires d'un dino/nerd parmi les humains


Wednesday
Mercredi

Publié le 3 décembre 2022

© Netflix

  1. Personnages
  2. Scénario
  3. Ambiance
  4. Conclusion

J'attendais cette série au tournant. Déjà parce que je suis très fan de l'univers de la Famille Addams, ensuite parce que pour moi, le personnage de Mercredi (Wednesday en VO) est le plus intéressant, et puis évidemment, parce que c'est Tim Burton qui pilote. Non pas que j'ai une affinité particulière pour l'oeuvre de Burton, mais axiomatiquement, si c'est du Tim Burton, c'est censé être bien.

Personnages

Je vais commencer par le personnage central : Mercredi est incarnée par Jenna Ortega, et elle est extraordinaire. Numerama est catégorique : elle ne cligne jamais des yeux. Bon, ce n'est pas vrai (j'ai compté deux clignements dans les 8 épisodes, j'aime bien chipoter), mais ça reste une performance, témoin de l'implication d'Ortega dans son personnage.

Je dois aussi contredire le même Numerama qui pense que "le personnage [n'est] pas à proprement parler réaliste". Si l'on fait exception des punchlines dédiées aux découpages de corps et autres actions criminelles, le personnage de Mercredi est non seulement réaliste, mais aussi plus répandu que ce que Numerama pense. En tout cas, je me suis souvent identifié à elle dans tout un tas de situations quotidiennes.

Elle est d'ailleurs manifestement neuro-atypique : prodigieusement intelligente et perspicace, dotée d'une excellente mémoire, touche-à-tout, mais aussi dénuée d'empathie (ou presque), juste, droite dans ses babouches, inflexible, etc. Pour moi, il n'y a aucun doute : Mercredi est à sa série ce que Sheldon Cooper est à The Big Bang Theory.

Et Jenna Ortega est brillante dans ce rôle. Époustouflante même. J'hésite toujours à user des superlatifs, mais j'ai été complètement conquis par son interprétation. Elle sait tout faire : se bastonner, jouer du violoncelle, et surtout, faire preuve d'une impassibilité presque totale. Cerise sur le gâteau, son esthétique gothique lui va à merveille.

Elle campe tellement bien le personnage de Mercredi, elle est si prépondérante, si parfaite, en somme, qu'elle éclipse presque complètement tous les autres acteurs. C'est sa série, son personnage, les autres n'existent que pour elle. Jouant avec un égotisme assumé et totalement légitime, je valide complètement Mercredi (la série), culte au charisme de Mercredi (le personnage).

Sur ces intarissables louanges, je me dois de pondérer les autres personnages qui, malgré leurs efforts, arrivent difficilement à tenir bon face à la quasi-perfection de Jenna Ortega.

À commencer par sa famille : même si Catherine Zeta-Jones est toujours toutes voiles dehors malgré son âge honorable, elle manque de piquant. Certes, elle dispose - forcément - de son charisme et de son élégance latins, mais elle manque de verve. L'un sans l'autre n'est pas suffisant quand on incarne Morticia Addams.

Le père de Mercredi, Gomez, incarné par Luis Guzmán, est loin, très loin de l'idée que je me faisais du personnage. Le couple formé avec Zeta-Jones est vieux ; trop vieux. Je suis resté sur celui formé par Anjelica Huston et Raul Julia du film de Barry Sonnenfeld en 1991.

Je ne m'attarderai pas sur son frère, qui ne joue aucun rôle, même pas celui de souffre-douleur. Ce n'est pas de la faute de l'acteur (Isaac Ordonez) mais tout simplement du script qui ne lui accorde qu'une part minimale.

Même son oncle Fétide (Fred Armisen) ne m'a pas convaincu. Là encore, La Famille Addams de Sonnenfeld reste ma référence.

Ce n'est pas plus glorieux du côté des élèves. Je trouve que le niveau est assez bas, avec des jeux d'acteurs dignes des séries TV françaises, toujours trop théâtraux, jamais vraiment dans les personnages, toujours dans le sur-jeu.

Une élève parmi la dizaine qui occupe l'écran se détache un peu du reste : Enid Sinclair, incarnée par Emma Myers. J'ai bien aimé son côté Mon petit poney croisé avec Wolverine. Je suis assez client des mélanges de ce genre, "ferme et fondante à la fois", et bien que parfois, elle aussi sur-joue, elle apporte quelque chose d'intéressant à la série, mais aussi et surtout à Mercredi.

Je note tout de même le personnage de Eugene Otinger (incarné par Moosa Mostafa), un peu plus attachant que les autres, comme un nerd parmi les geeks.

Christina Ricci (qui incarnait la Mercredi de Sonnenfeld, d'où mes références répétées) est bien là, et c'est d'ailleurs plus ou moins la seule actrice adulte digne d'intérêt. J'adore son look, bravo à la costumière ! Un petit quelque chose de Scoobi-doo si je ne me trompe pas, mais tient-elle plus de Véra ou Daphné, je ne saurai dire...

Pardon pour les autres acteurs, mais aucun ne m'a vraiment accroché. Mais encore une fois, ici, c'est Mercredi le centre du monde.

Scénario

Bon, on va pas se mentir, ça casse pas des briques. Surfant - encore - sur la vague Harry Potter, Wednesday est une série d'investigation dans une école pour élèves "marginaux", par opposition aux "normis" (en gros, magiciens vs moldus). L'intrigue n'est pas trop mal ficelée, il y a des twists si on se laisse prendre au jeu, et "la fin va vous surprendre". C'est un peu convenu, mais en même temps, c'est tout public. J'ai trouvé que c'était assez prenant pour être satisfaisant, sans pour autant que je me dise sincèrement "ah bah merde alors !". Mais quand même un tout petit peu.

Disons qu'il n'y a pas de prise de tête. En tant que série tout public, il n'y a pas lieu de réfléchir : on se laisse porter par les supputations, les déclics, les intuitions et déductions de Mercredi. C'est dommage : à vouloir prémâcher la réflexion sur les différentes "énigmes", le scénario rate de peu notre immersion complète dans le monde de Mercredi. Il manque pourtant vraiment peu de chose pour qu'on ait l'impression d'être aux côtés de Mercredi dans son enquête.

Peut-être pour la prochaine saison ?

Ambiance

Alors là, c'est du grand art. Du Tim Burton tout craché. Un must-see pour Halloween. Il y a tout : des citrouilles, des vampires, des loups-garous, des cimetières, des gargouilles, tous, absolument tous les clichés d'Halloween sont là pour notre plus grand plaisir.

Et ce plaisir n'est pas que visuel, il est aussi auditif. Le clavecin n'existe pratiquement que pour cette série (cet univers). Dès les premières notes, sans jamais avoir vu la série, on sait que :

  • c'est Tim Burton
  • c'est la famille Addams
  • c'est Halloween

La musique identifie brillamment la série et la série adoube la musique. L'un fonctionnerait moins bien sans l'autre. Ça faisait un moment que je n'avais pas senti une telle symbiose.

Visuellement, on s'éloigne un peu de ce à quoi on est habitués : si l'esthétique Victorienne n'a pas disparu, elle se "mélange" dans un monde plus moderne, un peu comme des fluides de densités différentes. Une sorte d'évolution, sans pour autant que la mayonnaise prenne. Comprenez-moi bien : ça fonctionne ! C'est évidemment fait pour nous faire comprendre que Mercredi n'appartient pas totalement à ce monde et qu'elle va devoir s'y adapter (ou non). Cette ambivalence est parfaitement illustrée par sa relation avec Enid et surtout, dans le vitrail de leur chambre...

Du coup, l'ambiance est celle de la famille Addams, comme en noir et blanc. Une ambiance binaire au sein de laquelle, parfois, Mercredi accepte une petite pointe de couleur. Et si, tout d'abord, ça semble dissonant, inapproprié à l'univers de Charles Addams, ça finit par devenir une évidence de modernisation.

Conclusion

Je veux en voir plus. Je veux plus de saisons. Je veux plus de Jenna Ortega dans son rôle de Mercredi. Je veux plus de punchlines.

Vous avez compris que j'ai adoré ?