Jurassic World: Camp Cretaceous
(Jurassic World : La Colo du Crétacé)

Publié dans : Séries

En bref 🔗

  • J’adore !
  • La série s’améliore nettement au fil des saisons
  • Non, ce n’est pas une série “pour les enfants” !

Contexte 🔗

La Colo du Crétacé prend place, vous l’aurez deviné, au sein de la franchise Jurassic World, avant, pendant et après les évènements survenus durant le premier volet de la saga. Le point de vue adopté est celui de six adolescents invités à tester le Camp Crétacé avant son ouverture prochaine. Ce sont donc des participants triés sur le volet, puisque l’on retrouve une championne sportive, une influenceuse, une fille de ferme, un geek introverti, un gosse de riche et un dino-nerd.

Je rappelle, à toute fin utile, qu’on n’est pas dans du cinéma d’auteur : La Colo du Crétacé ne s’adresse pas à un public qui recherche la complexité émotionnelle et psychologique…

Personnages 🔗

Le groupe principal est constitué de personnalités variées, fortement stéréotypées (ce qui ne me pose pas de problème particulier) :

  • Darius, passionné de dinosaures et de jeux vidéos
  • Ben, peureux, sensible, et rarement séparé de son gel hydro-alcoolique
  • Yasmina, athlète accomplie
  • Brooklynn, l’instagrameuse
  • Sammy, la fille de ferme, rieuse et bruyante
  • Kenji, le vaniteux fils de riche

Si, au premier contact, aucun d’entre eux ne suscite l’attachement du public, la progression dans l’histoire va rapidement changer cela. Ceux qu’on détestera au début seront appréciés à la fin (de la première saison), et on se rend compte que, finalement, la sauce prend bien.

Spoiler

C’est encore plus vrai à partir de l’épisode S02E05 “Brave”, quand Ben et Bumpy deviennent des bad-asses. L’évolution de Ben est frappante, et rafraîchi considérablement son intérêt dans la série.

Je note également la trahison de Sammy qui, finalement, ne prend pas des proportions dantesques, ce qui aurait probablement nuit à la série. Au final, cette trahison est diluée dans l’histoire, et ne change pas la psychologie du personnage, ce qui est une excellente chose.

Dans l’ensemble, la psychologie de ces personnages est équilibrée et maitrisée, c’est-à-dire que chaque personnage reste cohérent au fil de la série, à l’exception de l’exemple cité dans le spoiler ci-dessus, mais c’est une bonne chose !

Outre les ados, deux personnages reviennent assez régulièrement : Roxie et Dave, les chaperons du Camp Crétacé, qui ponctuent la première saison de leurs interventions, tantôt drôles, tantôt percutantes, mais toujours bienveillantes. De bonnes figures parentales, justes et attachantes.

On retrouve dans la première saison un Dr Wu plus caustique que jamais (et surtout, beaucoup plus grand !), beaucoup plus sombre et sévère que dans n’importe quel arc narratif de la saga, à l’exception du jeu vidéo Jurassic World: Evolution. Traitre affiché dans Jurassic World, sympathique connard dans Lego Jurassic World : La Légende d’Isla Nublar, il transpire l’hostilité et la malveillance dans La Colo du Crétacé.

Dans la deuxième saison, trois nouvelles têtes font leur apparition et sont à l’origine d’un twist probablement évident et attendu, néanmoins bienvenu et correctement amené dans l’histoire.

Les voix choisies sont correctement interprétées, même si parfois le jeu d’acteur est un peu faiblard. La voix de Yasmina me semble clairement en retrait, en particulier par rapport à celle de Kenji pour qui surjouer est cohérent. Mention spéciale aux voix de Brooklynn et Dave, parfaitement calibrées pour leurs personnages !

Esthétique 🔗

Pour juger l’esthétique de La Colo du Crétacé, il est important de faire la distinction entre l’esthétique en général (personnages et décors) et celle des dinosaures en particulier, parce que les deux sont fondamentalement différentes.

Les environnements sont riches et colorés, et cohérents avec l’esthétique habituelle de la franchise. De la jungle, de la montagne, de l’eau, on est bien (virtuellement) sur Isla Nublar, aka Kauai et Oahu. Personnellement, j’adore ! Surtout que les tempêtes, élément météorologique récurrent dans la saga, n’ont pas été oubliées. Les environnements intérieurs en revanche sont bien pauvres, mais peut-être est-ce une esthétique voulue ?

Avec leurs couleurs prononcées, vives, les traits arrondis, les personnages sont clairement identifiables en tant qu’éléments de série animée, je dirai presque typiques des studios DreamWorks. Au contraire des dinosaures, empreints d’une esthétique plus dure, plus “acérée”, et qui se veut plus réaliste.

Le mélange des genres est un pari risqué, mais je trouve qu’il est réussi, et cela grâce à un autre parti-pris risqué : les animations. Les dinosaures ont des mouvements presque robotiques, saccadés, comme s’ils avaient été animés en stop-motion. S’ils avaient été plus fluides, on aurait probablement eu l’impression d’une fusion malhabile, voire grotesque.

À noter d’ailleurs que si on avait appliqué aux dinosaures la même esthétique qu’au reste de la série, ils auraient complètement perdu leur potentiel d’effroi et on se serait retrouvé avec une série clairement orientée vers les plus jeunes. Cette “anomalie” d’esthétique permet de toucher un public plus large que les enfants.

Cible 🔗

Ce qui me permet d’embrayer sur la cible de la série. À mon sens, elle n’est pas vraiment faite pour les plus jeunes, mais s’adresse plutôt aux adolescents, et à certains adultes (dont je fais définitivement partie !).

Malgré l’absence de nudité, malgré l’absence de langage grossier, certains messages passés dans cette série ne sont pas à la portée d’enfants. Je dirai même que certaines situations peuvent être mal interprétées par des enfants (et probablement par certains adultes aussi…). Je rappelle quand même que certains animaux, existants ou non, sont maltraités. Faire d’un dinosaure en particulier (ici, Toro) le nemesis des héros de l’histoire est un exercice dangereux qui a des conséquences - parfois inattendues.

Typiquement, c’est un gros carnivore. Tyrannosaurus Rex dans Jurassic Park, l’hybride Indominux Rex dans Jurassic World, mais on peut aller chercher dans d’autres films de science fiction, voire dans d’autres types d’oeuvres, probablement de toute époque, y compris les plus anciennes. Le mangeur de viande est toujours l’anti-thèse du ou des héros. Dans l’imaginaire collectif, il n’y a pas de place pour la chaîne alimentaire, uniquement pour la hiérarchie, et l’humain est toujours au sommet. Dans l’imaginaire collectif, le carnivore est un vilain tout pas beau qui tue pour le plaisir. Et dans l’imaginaire collectif, l’humain est le seul à pouvoir rivaliser… Notez l’ironie.

Donc, quand, dans une oeuvre traitant de dinosaures, on montre un carnivore qui tue pour son bon plaisir, on imprime dans l’esprit des enfants (voire de certains adultes, encore une fois) l’idée que toute son espèce est vicieuse, cruelle, à éliminer. Or, la réalité est probablement bien différente.

Le cas de Indominus Rex dans Jurassic World est à la fois spécifique et universel : c’est un hybride créé par la génétique, manifestation concrète de l’arrogance des humains vis-à-vis de la science qui, quand elle est utilisée à mauvais escient, produit des abominations. Indominus Rex est une erreur de parcours, une chimère profondément malveillante, incarnant la déviance humaine. Elle ne tue pas pour s’alimenter, elle tue pour le sport, et c’est explicitement mentionné en ces termes par Owen Grady dans Jurassic World (ce qui rappelle furieusement certaines pratiques humaines, d’ailleurs). Contextuellement, combattre et éliminer une telle entité est cohérent, rédempteur, et positif : on ne tue pas une créature vivante, représentant une espèce existante ou ayant existé, respirant l’air du monde grâce à l’évolution ; on se bat contre nos propres faiblesses, nos propres démons, et, dans Jurassic World, on le fait avec l’aide des autres dinosaures parce que, tout bad-ass qu’est Chris Pratt, il ne peut vaincre Indominus Rex (ou l'Indoraptor dans Fallen Kingdom d’ailleurs) seul.

Or, placer Toro (Carnotaurus) comme nemesis du groupe principal me pose problème pour cette raison. Carnotaurus n’est pas une création humaine, et par conséquent, cet animal ne représente pas la malveillance de l’humain. C’est un dinosaure qui cherche à s’alimenter, pas à détrôner l’humain de sa position dominante. Qui plus est, il est défait par des enfants, pratiquement sans l’aide d’autres dinosaures (en tout cas, pas dans la même mesure que dans Jurassic World…).

Il y a une marge entre une situation de survie qui implique forcément se battre et, éventuellement, tuer ou être tuer, et une succession de situations où on joue avec l’adversaire. J’ai le sentiment que dans La Colo du Crétacé, les enfants “jouent” avec Toro : le scénario fait revenir Toro plusieurs fois à la charge, malgré ses défaites, parfois violentes. Il me semble que, dans “la vraie vie”, un prédateur qui se fait encorner une ou deux fois préfèrera battre en retraite et choisir une autre cible plutôt que risquer d’être blessé de façon plus permanente, à moins d’être réellement en manque de nourriture, ce qui semble peu probable sur Isla Nublar…

Il en résulte que l’on envoie un message fallacieux au spectateur, dont la réthorique simplifiée me dérange dans la mesure où l’on s’imagine que cette série s’adresse avant tout aux enfants :

  • le grand méchant pas beau est un carnivore
  • le carnivore veut manger l’humain
  • il faut tuer le carnivore

Il faut faire preuve d’un peu de réflexion pour apprécier tout cela, et je pense que la majorité des enfants n’en sont pas capables - ni une partie des adultes.

Dans un tout autre registre, il y a un élément qui me semble à la fois important et embêtant. On a le sentiment qu’il y a un cap, vers les 15 ans, à partir duquel les dinosaures ne sont plus qu’un souvenir d’enfance. Comme s’ils n’étaient appréciés que des enfants. Comme s’ils perdaient de leur intérêt à l’âge adulte. Je n’aime pas l’idée de présenter les choses de cette façon, d’autant que c’est diamétralement opposé au discours de toute la saga depuis Jurassic Park.

Si on perd rapidement l’intérêt pour la série, on reste sur cette idée que “les adultes ne s’intéressent plus aux dinosaures”. C’est d’autant plus erroné que Spielberg est lui-même friand de paléontologie, comme en témoignent ses autres productions, Jurassic Park évidemment mais aussi Le Petit Dinosaure et la Vallée des Merveilles (où le nemesis de l’histoire était déjà un méchant viandosaure…). Heureusement, la deuxième saison vient corriger cela.

Son 🔗

Les effets sonores sont plutôt bons, et la synchronisation avec les animations est positivement étonnante. Toutefois, l’ambiance manque un peu de profondeur : certaines scènes auraient mérité un meilleur usage des enceintes arrières pour augmenter leur intensité et les effets de surprise.

En ce qui concerne les musiques, mon avis est en demi-teinte. Les musiques “héritées” sont absolument irréprochables. Je défie quiconque de critiquer le monstre sacré qu’est John Williams (qui a signé les musiques de Star Wars, Indiana Jones, Jurassic Park). De même, je considère Michael Giacchino (qui m’a été révélé par LOST) comme rien de moins que son successeur spirituel : il a été capable de composer une bande originale pour Jurassic World digne de sa préquelle. Le thème principal de Jurassic World me reste autant dans la tête que celui de Jurassic Park, et je considère cela comme une prouesse.

En revanche, les pistes originales composées par Leo Birinberg me semblent bien en retrait. Tantôt trop effacée, tantôt omniprésente, sa musique ne me donne aucune émotion. Elle est loin d’être mauvaise, juste mal dosée, et clairement pas du même calibre que celle de Williams et Giacchino. Ils ne jouent pas dans la même cour, et c’est aisément discernable même pour une oreille naïve.

Réalisme 🔗

Un point cher à tout le monde, qu’on soit partisan ou détracteur, le réalisme a toujours été un sujet sensible, depuis Jurassic Park.

Ce qui a fait le succès de Jurassic Park, et relativement oublié depuis, est le réalisme scientifique au vu des connaissances en paléontologie de l’époque (en l’occurrence, début des années 1990).

Ces connaissances ont évolué, et évoluent particulièrement vite depuis une dizaine d’années, notamment en ce qui concerne l’esthétique des dinosaures. Un des consensus actuels porte par exemple sur la présence de plumes sur la tête des vélociraptors.

Alors, pour être clair, et en espérant que ce soit une fois pour toutes, je ferai comme tous les autres partisans de Jurassic World, et je donnerai les citations suivantes :

Jurassic World [est] « scientifiquement inexact » parce qu’il s’agit d’un « film de science-fiction, pas [d']un documentaire

— Colin Trevorrow, Sunday Times le 10 mai 2015

C’est le fameux Dr Wu qui enfonce le clou dans Jurassic World: Fallen Kingdom :

Ces dinosaures seraient très différents si leur code génétique était pur, mais vous n’avez pas demandé qu’ils soient purs, vous avez demandé plus de dents !

Certes, on a perdu le réalisme scientifique qui a fait la primeur de Jurassic Park, mais je ne suis pas choqué par une esthétique qui n’a pas évolué davantage que les différentes teintes des peaux des animaux. Surtout que dotés de plumes, il faut reconnaitre que les vélociraptors perdraient tout pouvoir de terrifier les enfants comme les adultes :

Par Fred Wierum, CC BY-SA 4.0

N’oublions pas que, contextuellement, ces dinosaures ont été ramenés à la vie par des moyens scientifiques dont nous ne disposons pas à l’heure actuelle. Ainsi, même sans prendre en compte l’aspect commercial “Je veux plus de dents”, on doit s’attendre à certaines différences.

En revanche, un manque de réalisme qui me fait franchement mal aux yeux, c’est lorsqu’une oeuvre qui se veut globalement réaliste prend des libertés avec les lois de la physique. Mais j’ai tendance à pardonner ce type d’écarts à une oeuvre d’animation, parce que c’est un domaine où retranscrire correctement les lois de la physique reste compliqué.

Je pardonne moins avec l’évidence des libertés prises. Par exemple, courir dans un escalier en descendant me semble peu probable. De même que se casser systématiquement la gueule dans la jungle quand un truc te poursuit…

En ce qui concerne le réalime comportemental, j’ai quelques réserves. J’ai envie de croire à une amitié possible entre un dinosaure et un humain. Je sais cependant que l’amitié entre le chien et l’Homme a pris - beaucoup - de temps, quelques milliers d’années selon certaines sources. Or, ici, cette amitié est née de façon beaucoup plus prompte. Mais d’un autre côté, que ce soit dans Jurassic World ou La Colo du Crétacé, l’humain a extrait l’animal avec lequel il va se lier de son oeuf, au plus tôt de son existence, ce qui confère sans aucun doute un avantage dans ce processus.

Quand au réalisme des situations, je suis également partagé. J’ai envie de ne pas y penser parce que je suis face à une oeuvre de fiction, mais en même temps, considérant notre société moderne, je doute qu’une demi-douzaine d’adolescents abandonnés sur une île sans autres humains et où prolifèrent des dinosaures aient la moindre chance de survivre, malgré le déploiement de toute leur sagacité (c’est surtout ça, d’ailleurs, qui me pose un problème en terme de réalisme…).

Conclusion 🔗

Au final, je demandais à La Colo du Crétacé ce que je demande à toute oeuvre : me faire rêver, fantasmer, et cette série y parvient, elle est donc simplement réussie. Je fantasme de ce parc d’attractions, de ce zoo de riches, sur cette île magnifique où je m’établirais bien si j’en avais la possibilité, non seulement pour la présence des dinosaures, mais aussi et surtout pour l’absence des humains !

Malgré les reproches que j’ai pu faire à la première saison, la seconde m’a capté, la troisième m’a fidélisé, et j’attends avec impatience la suite des évènements.

Spoiler

Surtout qu’une nouvelle trahison se profile à la fin de la troisième saison…

Mais surtout, pour me garder en tant que spectateur, il va falloir aboutir à une véritable fin à un moment donné, et pas me laisser sur un cliffhanger, surtout qu’un lien devrait être fait tôt ou tard avec les évènements de Jurassic World: Fallen Kingdom et le très attendu Jurassic World: Dominion.