Jurassic World: Evolution

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Critique initialement publiée sur Steam.

Un jeu contemplatif

Les animations des dinosaures sont réalistes, à l’exception des combats peut-être un peu mous du genou, et la gestion des collisions un peu approximatives qui donne l’impression que les belligérants mordent dans l’air. C’est loin de valoir la scène de fin du premier Jurassic World, mais là, c’est un jeu vidéo en temps réel, alors même si on est en 2020, j’ai tendance à leur pardonner. Mis à part ça, on prend beaucoup de plaisir à regarder ses protégés évoluer dans des environnements riches et variés, chattoyants, dépaysants. Les mouvements sont vraiment bien rendus, de la respiration aux tressaillements des muscles, et les attitudes ne sont pas en reste: ils arpentent les prairies paisiblement, courent quand ils sont paniqués, etc., ce qui leur confère charisme et personnalité, et on s’y attache.

Certains bâtiments permettent de contempler leur vue, notamment les hôtels, et, bien sûr, les postes d’observation, avec en plus la possibilité de zoomer, ce qui offre des points de vue inédits sur ses dinosaures, mais aussi sur les magnifiques paysages faits de plages, de soleil couchant, de montagnes et de jungle. On prendra également un plaisir grisant à piloter un hélicoptère et une jeep, ce qui permet d’humaniser notre rapport au parc, puisque la vue habituelle est celle du dieu qui règne sur son domaine (caméra aérienne libre, donc).

Je note aussi une quantité “suffisante” d’espèces. Parce que, outre les 42 espèces incluses dans l’Édition Deluxe, chacune d’entre elle est personnalisable via leur génome. On peut ainsi acquérir de nouvelles peaux, qui apportent encore plus de variétés au sein d’une même espèce. Notons d’ailleurs la présence d’espèces rarement mises en avant dans les films, et les notes informatives qui les accompagne, bien que celles-ci auraient pu gagner en clarté et en exhaustivité, ma référence restant la Civilopédia de Civilization 5.

Et je lance l’idée, comme ça: pourquoi les éditeurs de jeux vidéo de ce type ne paieraient pas une contribution à la Wikipédia pour en extraire les informations pour les afficher in-game ? Tout le monde serait gagnant: les joueurs qui disposeraient d’une information complète sur chaque élément, la Wikipédia rentrerait des fonds, et les studios n’auraient plus besoin de traduire eux-même les textes intégrés à leurs jeux.

Le niveau de détails accordé aux bâtiments et aux paysages témoigne d’une grande maitrise artistique de la part de Frontier, qu’on avait déjà remarqué dans ses autres jeux, en particulier Planet Coaster. Industriels et modernes à souhait, dans le plus grand respect de l’imagerie qu’on connait déjà.

Un jeu accessible

Par contre, JW:E est largement en dessous de Planet Coaster en termes de difficulté. La quantité de bâtiments qu’il est possible de construire est ridicule par rapport au jeu de gestion de parc d’attraction, l’argent est très rarement un problème, la pose des clôtures et des chemins me semblent beaucoup plus simple dans JW:E, bref, il est plus accessible.

Mais je ne considère pas cela comme un défaut. Là où on passera des heures à entrer dans les détails décoratifs et/ou fonctionnels dans Planet Coaster, Jurassic World: Evolution offre un système de jeu sans - trop - de prises de tête. C’est simple à comprendre, facile à jouer, et parfois, ça fait du bien. D’autant que certains points habituellement décriés sont en réalité parfaitement logiques, même si d’autres sont totalement incompréhensible, et d’autres encore sont adaptables.

Par exemple, la question de l’argent. C’est tout de même la fondation Hammond qui finance, et le leitmotiv de la saga est de dépenser sans compter. Jusque là, rien ne me choque, surtout que rien n’est vraiment donné non plus. On a du cash, mais tout coûte de l’argent. Au final, ça me semble plus réaliste que de démarrer avec $10 000 et acheter des bâtiments pour une fraction de ce prix, en particulier quand on parle d’un projet scientifique. Forcément, ce n’est pas la même échelle de grandeur.

Du côté des incompréhensions, je note les centres d’exploration. Si on en a un sur deux îles, en théorie, on devrait pouvoir réaliser deux excavations simultanées, chacune lancée depuis l’île d’origine du centre. Or, une seule fouille est permise. Tandis que les éléments de recherche sont partagés entre toutes les îles, l’argent ne l’est pas. J’imagine que c’est un consensus peu réaliste qui a dû être formulé pour éviter de rendre le jeu plus facile qu’il ne l’est déjà. C’est un peu frustrant, parfois, mais à mon sens n’est pas rédhibitoire.

Je note également la possibilité de réinitialiser une île à son état de départ. Sauf que ni l’argent ni les recherches ne le sont aussi. On se retrouve donc à pouvoir amasser de l’argent avec gourmandise, sans trop dépenser, puis réinitialiser l’île pour repartir de plus belle avec les quelques millions amassés. Là encore, je suppose que c’est un consensus, mais plutôt d’ordre technique. Il eût été difficile d’être vraiment cohérent quand on prend en considération le système de partage de science et de fossiles entre îles.

Enfin, un “défaut” corrigeable concerne le mode bac à sable, décrié parce que l’argent y est illimité. De prime-abord, c’est vrai, mais en passant dans les options en cours de jeu, on se rend compte que de nouvelles sections apparaissent, dédiées à ce mode, et où il est notamment possible de choisir la quantité d’argent disponible, entre autres choses, qui permettent de corser un peu ce mode de jeu.

Conclusion

À titre subjectif, je l’ai acheté en même temps que Planet Coaster. Et pour moi, les deux jeux sont complémentaires. On lancera Jurassic World quand on a besoin de se vider la tête, partir dans des paradis insulaires, isolés, avec l’esthétique et la force insufflée par les films, quand on n’a pas trop envie de se prendre la tête avec de la micro-gestion. On contemple, c’est beau, ça fait du bien.

Et puis, quand on a le cerveau qui demande un peu de travail, ou quand notre machine créative se met en branle, on va plutôt lancer Planet Coaster, et s’éclater avec son parc d’attraction.

C’est certain que Jurassic World: Evolution aurait pu être du niveau de Planet Coaster en terme de difficulté: même moteur de jeu, même studio. Mais en tant que fan des films, je n’en demandais pas plus. Le jeu me convient, tout comme Planet Coaster me convient, selon mon état d’esprit du moment.

Enfin, une note sur le coût de possession des jeux. Rapportez-le au temps que vous pensez y passer. Je n’ai aucun problème à dépenser 60 euros pour un jeu qui peut me durer 1 500 heures, comme Civilization - lâcher 60 euros pour un CoD qui va me durer 10 heures en solo, je passe -. Le ratio prix payé/heures jouées est excellent. Avec Jurassic World: Evolution, je pense que j’y jouerai une petite centaine d’heures (j’ai payé moins de 15 euros la version Deluxe en promo). Là encore, le ratio me semble bon, mais les autres extensions devront être vendues dans un pack a moins de 20 euros pour que je m’y intéresse. J’ai acheté le pack complet pour Planet Coaster pour 60 euros, parce que je sais qu’il me durera beaucoup plus longtemps. Mais au final, ce n’est pas ce que je demande à JW:E. Je lui demande juste de m’évader sur des îles avec des dinos réalistes, et le pari est gagné.

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