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Spam de Médecins Sans Frontières

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J’ai reçu ce matin dans ma boîte aux lettres (physique) un curieux courrier, fort épais. C’est Médecins Sans Frontières qui me remercie pour ma contribution.

À l’intérieur d’un poster plié nous montrant quelques enfants vraisemblablement africains et vraisemblablement mal nourris et/ou malades, j’y trouve l’équivalent d’un kit presse :

  • un stylo quatre couleurs à mon nom
  • un bloc note à mon nom
  • des étiquettes de propagande à mon nom
  • deux cartes vierges et leur enveloppe
  • une lettre du président, le Dr Mego Terzian

Le genre de goodies-bag que j’aime bien recevoir lors d’un évènement de geek, pas d’une ONG qui réclame de l’argent. Tellement de choses ne vont pas dans ce courrier que je me devais de vous en parler.

Pour commencer, je suis un gros bâtard d’égoïste occidental. Je n’ai jamais fait le moindre don à qui que ce soit. Il est virtuellement impossible que mon nom et mon adresse existe dans les fichiers de Médecins Sans Frontières. Et pourtant, mon nom est partout dans ce courrier. Conclusion évidente pour tout geek qui se respecte, mais moins évidente pour le commun des mortels : mes infos personnelles ont été revendues à MSF. Corollaire : MSF a acheté mes données personnelles. À qui ? Je ne le saurai jamais. Pour combien ? Pareil, mais si l’on en croit certaines sources, un nom et son adresse postale coûterait entre 9 et 15 centimes. Je passe outre le scandal de la possibilité d’acheter légalement de tels fichiers clients, par contre la pilule ne passe pas quand je sais que c’est une ONG qui a reçu un Prix Nobel. Ça ne date pas d’hier, certes, mais quand même.

Ensuite, je m’étonne que personne ne s’offusque de tout cela parmi toute la chaîne de production, du plus petit maillon jusqu’au président de l’ONG. Je parle des gens qui ont conçu les textes, les images, les photographies, les étiquettes, etc. Chacun fait son business en fait, et ne se préoccupe pas plus que moi du sort des syriens ou des africains (c’est dans leur propagande que tout se mélange, pas moi). L’entreprise (inconnue) qui a fabriqué le stylo, l’imprimeur qui a posé mon nom sur ce même stylo, celui qui a imprimé les étiquettes, tout ces gens-là s’en foutent bien de l’Afrique ou de la Syrie, du moment qu’il y a du business. En plus, c’est un excellent moyen pour les imprimeurs de se constituer des fichiers clients gratuits : c’est ce qu’on leur demande d’imprimer. Donc, non seulement MSF a mes données personnelles, mais en plus toute la chaîne de production de leurs kit de bienfaiteurs de l’humanité les a également.

Je ne suis pas le seul à me plaindre de cette démarche et vous trouverez facilement d’autres messages similaires sur Internet. Tout le monde a bien relevé l’intérêt de fournir un stylo, pour ne pas avoir à en chercher un pour signer un chèque au plus vite (c’est même marqué juste au-dessus du stylo, au cas où ça serait trop subtil pour leur cible), avant que la raison ne reprenne le dessus. Je rajouterai que, si déjà ils utilisent mes données personnelles sans mon accord et sans dénoncer les revendeurs, autant que j’ai une part du gâteau, et qu’ils s’estiment heureux que je ne réclame rien de plus qu’un stylo et un bloc-note (d’ailleurs, je ne leur ai rien demandé).

Certains sur Internet s’indignent de ce démarchage pour différentes raisons. Certains par racisme manifeste, d’autres parce qu’ils se souviennent. En ce qui me concerne, mon point de vue est celui du geek soucieux de ses données personnelles. Et, au-delà de ça, et pour ne pas faire de langue de bois, parce que je suis parfaitement insensible aux “causes humaines” en général.

Autre chose : le mal est fait, mon nom est associé à MSF. On me dit : “Merci pour votre contribution !”, comme si c’était acquis, que j’allais lâcher de l’oseille (ou que c’était déjà fait). Tout cela est un mensonge, salissant honteusement mon intégrité intellectuelle.

Non, je n’ai pas contribué, et je n’ai aucunement l’intention de contribuer à MSF ni à aucune autre ONG.

Donc, MSF achète mes données personnelles, dépense une somme que d’aucun estimerait beaucoup mieux dépensée autrement (par exemple, en faisant ce qu’ils prétendent faire avec 5 euros), me donne des cadeaux que j’ai payé avec mes données personnelles, en utilisant des techniques plus commerciales que caritatives, et ils espèrent encore que je vais refiler de la thune, sans avoir aucune garantie que mon argent sera utilisé pour faire ce qu’ils sont censés faire ? Pour des causes que je ne soutiens même pas ? Ils faut qu’ils revoient leur ciblage au passage…

C’est tout simplement la gerbe. Pas seulement MSF : l’intégralité des acteurs de cette propagande est à pointer du doigt, du stagiaire infographiste à la Poste qui relaye ces immondices (qui vont finir dans la poubelle de recyclage) en passant par le président de l’ONG, sans oublier les revendeurs de fichiers clients et ceux qui les constituent, parce que personne n’a remis quoique ce soit en question dans ce qui est fait ici, parce que s’ils le faisaient, ils se retrouveraient au chômage.

Tout le monde a bonne conscience en fin de compte : le papi ou la mami qui va faire un don, le quadra content d’avoir une réduction fiscale, toute la chaîne de production de la propagande, l’ONG, et le tout, en sauvant 11 000 enfants du paludisme par an.

Sauf que vu la situation sanitaire mondiale, c’est quand même pas hyper malin de venir réclamer de l’argent, surtout en France où le milieu médical en réclame déjà pour la prise en charge de nos propres patients. Et quand on voit l’accueil réservé à la “patientèle” de nos jours, on se demande vraiment si on se fout pas un peu de notre gueule.