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À la recherche du clavier parfait - Étape 1

Introduction

Sommaire

Introduction

Depuis aussi longtemps que je puisse me rappeler, on m’a toujours dit que j’étais né avec un clavier dans les bras. C’est mon outil de travail aussi bien que de loisir. Si j’étais un GI, ce serait mon M1. Je ne lui ai pas donné de nom mais je le tripotte plus que n’importe quoi d’autre.

Trouver clavier à sa main n’est pas chose aisée, et j’en ai rarement gardé un plus d’un an. Seule exception, mon premier clavier mécanique digne de ce nom que j’ai gardé presque dix ans ! Il est désormais temps pour lui de tirer sa révérance.

Mon titre est peut-être quelque peu optimiste : si vous êtes déjà passé par le processus d’achat d’un clavier ultime, vous savez déjà tout ce que je m’apprête à raconter, mis à part quelques détails qui vous sont propres. Mais, comme d’autres le font en vidéo, je partage avec vous mon expérience rédigée.

(Bref) panorama de l’existant

Tailles

Le format auquel tout le monde est habitué est le 108 touches “plein-format”, avec pavé numérique, touches fléchées et touches de fonction. Il y a des claviers avec plus de touches (par exemple, deux lignes de 12 touches de fonctions ou avec des touches “macros”), mais c’est surtout vers la compacité que s’orientent les “enthusiasts”, les hobbyistes et les passionnés. On trouve donc facilement des tenkeyless (amputés du pavé numérique, autrement appelés 80%) et - beaucoup moins facilement - des 40% (parce que dotés de 40% des touches d’un clavier “classique”), avec un certain nombre de variations entre les deux.

Vous pouvez voir sur cette page un aperçu des différents form-factors qu’on peut trouver dans le paysage.

En ce qui me concerne, je veux opter pour un clavier 60%, beaucoup moins extrême qu’un 40% : il conserve la ligne de chiffres à son sommet par exemple.

Je ne suis intéressé ni par les claviers splittés (une moitié de clavier dans chaque main, comme le Moonlander) ni par les claviers ortholinéaires (dont les touches sont placées dans un repère orthogonal, alignées horizontalement et verticalement, comme sur le Plank). Avant de me jeter la pierre, permettez-moi de préciser cette pensée.

Dispositions

On n’y pense pas toujours, mais la disposition des touches de nos claviers d’ordinateurs est calquée sur celle des machines à écrire d’antant, et destinée à limiter les problèmes d’entremêlement des marteaux actionnés par les touches et qui vont frapper un ruban encreur sur le papier. Le décalage des touches de nos claviers d’ordinateurs est un héritage de cette disposition physiquement nécessaire à l’écartement entre les marteaux, et les dispositions QWERTY (presque partout dans le monde) et AZERTY (en France) (et certaines variantes locales comme le QWERTZ) limitent la fréquence d’utilisation de marteaux voisins.

Ces contraintes n’existant plus sur ordinateur, certains jugent que ni le décalage horizontal des touches ni leur disposition ne sont pertinents de nos jours. En conséquence, on devrait pouvoir utiliser les claviers orthogonaux et avec des dispositions de touches plus appropriés à une utilisation moderne, par exemple le Bépo ou le Dvorak, conçues spécifiquement en fonction de la fréquence des mots et des lettres employés en français et en anglais.

Tout cela, je le sais, et je l’entends. J’entends aussi qu’en France on aime bien l’AZERTY pour des raisons qui m’échappent totalement (hello les majuscules accentuées…).

En ce qui concerne les claviers orthogonaux, pardon mais mes mains ne sont pas à 90 degrés sur un clavier standard. À la limite, je peux comprendre cette disposition sur un clavier splitté, mais l’orthogonal sur un clavier non splitté (qui plus est, de petite taille), c’est un bon moyen de se flinguer les poignets, à mon humble avis.

Quant au QWERTY, je ne transige pas : c’est, selon moi, une excellente disposition pour tout à la fois coder et écrire en français et en anglais. Pour mon usage, c’est parfait.

Je ne (dé)conseille pas ces dispositions. J’estime simplement qu’à ce jour, elles ne me conviennent pas, mais leur existence est une bonne chose : il y a du choix, il y en a pour tous les goûts et c’est le plus important.

Technologie

De tête je peux citer au moins trois technologies différentes en ce qui concerne les switches (les touches, les interrupteurs du clavier) :

  • les touches à membrane, principalement utilisées sur les claviers grand public pour PC de bureau
  • les touches à ciseaux, principalement utilisées sur les ordinateurs portables pour leur compacité
  • les touches mécaniques, incluant les touches optiques

Dans une touche à membrane, une membrane de plastique souple bombée est poussée par le capuchon de la touche, ce qui provoque un contact électrique au niveau du circuit imprimé du clavier. Avec le temps, cette membrane perd de son élasticité et de sa résistance. Ce sont les touches les moins fiables.

Dans une touche à ciseaux, le capuchon (keycap) de la touche repose sur une paire d’étriers disposés… en ciseaux. Cela permet de réduire la hauteur de la touche, mais présente toutefois l’inconvénient d’être fragile. La durée de vie de ces touches peut être plus importante que celles à membranes, à condition que les matériaux employés soient de bonne qualité : on peut espérer atteindre le million de frappes avant la défaillance de la touche, dans de bonnes conditions.

Les touches mécaniques sont les plus complexes, mais aussi les plus fiables - contre-intuitivement. Ce sont aussi celles qui offrent les meilleures sensations, selon moi. Elles sont constituées d’un ressort et d’un contact métallique. Dans le cas de touches optiques, le contact métallique est remplacé par une barrière infrarouge. Une touche peut survivre à plus de 100 millions de frappes, selon les modèles (et les chiffres des constructeurs).

Il existe plusieurs types de touches mécaniques en fonction de la sensation recherchée : les touches dites “linéaires” ont une course constante pendant l’appui, quand les touches “tactiles” reproduisent le comportement des touches à membrane. Les touches “clicky” ajoutent un bruit caractéristique qui ne conviendra pas à tout le monde.

Certains constructeurs (comme Cherry, Gateron, Razer, etc.) proposent une classification des touches par couleur (généralement brun pour du tactile et bleu pour du “clicky”), et on peut trouver un vaste assortiment de ces couleurs, allant du vert au jaune “banane”, en fonction de la profondeur d’activation (la distance parcourue par la touche avant que son appui soit pris en compte), la force requise pour appuyer sur la touche, etc.

D’autres technologies plus ou moins exotiques existent, telles que les claviers projetés sur une surface par un laser. C’est marrant pour se la péter comme dans les films de science-fiction, mais je ne me vois pas développer ou écrire toute la journée de cette façon.

Cahier des charges

Je veux, donc non négociable :

  • un clavier mécanique
  • une disposition ANSI (c’est-à-dire QWERTY américain)
  • du rétro-éclairage par touche
  • une compatibilité Linux et Mac au minimum (au niveau du logiciel de configuration)
  • des switches tactiles et/ou clicky (voir ci-dessus)

Avec, optionnellement :

  • le bluetooth, peu importe la version à partir du moment où la connection est stable et compatible avec les ordinateurs Apple
  • la possibilité de changer les switches

Et, idéalement :

  • 60%
  • sexy

Mon ancien clavier

Mon ancien clavier est donc un Corsair Strafe RGB, full-size (c’est-à-dire avec pavé numérique sur le côté, touches fléchées, touches de fonctions), équipé de switches Cherry MX Brown. Un excellent clavier au rétro-éclairage lumineux et dont la colorimétrie est très acceptable - comprendre par là que quand je demande du blanc, j’ai une couleur très proche du blanc).

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Ses keycaps sont excellents, même si à la longue la fonte gamer devient lassante. Exception faite des keycaps destinés aux touches WASD au revêtement soft qui ont fini par être tellement usés qu’on ne distingue plus les lettres. Dans tous les cas, ces touches étaient bien adaptées au rétro-éclairage et restaient lisibles, même au niveau de luminosité le plus faible.

Les touches Cherry MX Brown sont de type “tactile” : il y a une légère résistance au moment où la frappe sur la touche est enregistrée. C’est idéal pour développer ou écrire. Pour jouer, c’est moins agréable que des touches dites “linéaires” (telles que les Cherry MX Red ou Black), mais c’est tout à fait acceptable.

Caractéristique que j’appréciais mais dont je peux me passer : la présence d’un port USB déporté sur le clavier (pass-through) qui permet de connecter un autre périphérique comme une clé USB. Pratique.

Par contre, vu que c’est un clavier full-size, il prend beaucoup de place sur le bureau…

En outre, le revêtement du repose-poignets accroche les saletés, et est très difficile à nettoyer.

Il y aurait encore beaucoup de choses à dire mais ce n’est pas l’objet de cet article, je voulais juste vous dire d’où je pars pour accomplir ma quête du clavier parfait.

Mon premier clavier non “mainstream

Pour remplacer un clavier qui rempli déjà une grosse partie de mon cahier des charges, il faut forcément que je m’oriente vers des solutions moins grand public. Courageux mais pas téméraire, je ne veux pas prendre de risques à acheter dans une boutique située à l’étranger (au cas où je souhaiterais le retourner). Le problème, c’est qu’en France, on ne vend pratiquement que de l’ISO (donc, AZERTY français). Les références en ANSI ne sont pas légion.

On trouve pourtant sur Amazon quelques modèles, et notamment le Skyloong SK61 que je viens d’acheter. Presque trois fois moins cher que ce que j’ai payé le Corsair, il se trouve à moins de 60€.

Je poursuis deux objectifs avec ce clavier :

  • déterminer si le format 60% me convient
  • déterminer si les touches “clicky” me conviennent

Concernant le format, je suis conquis : cela nécessite un petit temps d’adaptation parce qu’on fait un usage massif de la touche Fn, mais je trouve que cela fait sens. Sur un clavier 60%, on abandonne des touches rarement utilisées pour les remplacer par des combinaisons dont l’adoption se révèle plutôt rapide.

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Le Corsair en haut, le Skyloong en bas…

Concernant les touches “clicky”, il s’agit de switches Gateron Optical Blue. Ils sont donc optiques, ce qui signifie que l’ordre “touche pressée” est envoyé lorsqu’un faisceau infrarouge est bloqué par la pression de la touche, là où sur des switches purement mécaniques c’est un contact métallique qui produit l’ordre. Il en résulte une frappe plus fluide, qui n’offre pas la même sensation qu’un switch mécanique “pur”.

Les chiffres me donnent tort, mais j’ai en tout cas la sensation que ces switches Gateron Optical Blue sont plus rigides que les Cherry MX Brown du Corsair (ils sont tous deux censés réclamer une force de 55cN). C’est un peu plus fatigant de taper avec ce clavier qu’avec le Corsair, mais c’est peut-être également dû à la profondeur d’activation (les Gateron s’activent à 2.3mm quand les Cherry s’activent déjà à 2mm).

Malgré sa robustesse et sa qualité de fabrication, le Skyloong souffre de quelques défaut qui vont me conduire à opter pour un clavier plus cher (et ce sera l’objet de l’Épisode 2, à venir au mois de février ou mars).

Car, pour un clavier à ce prix, on ne peut pas lui reprocher d’être fragile. Le plastique employé est épais, et plutôt bien fini. Il est très rigide, lourd comparativement à sa taille. Je m’attendais à beaucoup plus cheap. Il est livré avec un cordon USB-c tressé.

Malheureusement, c’est manifestement sur le rétro-éclairage que le budget a été coupé. Bien qu’il soit possible de gérer sa luminosité sur une plage très large, elle reste assez faible, et surtout, les LEDs employées sont franchement bas de gamme. Quand on demande du blanc, on se retrouve avec une très forte dérive colorimétrique vers le rouge: le blanc apparait rose. Ça se corrige assez facilement même si l’on perd encore en luminosité au passage en choisissant une teinte plus verte. Ce n’est pas parfait mais plus acceptable. Mais cela ne compense pas une très mauvaise capacité à mélanger les teintes primaires : le rouge, le vert et le bleu sont parfaitement visibles sur chaque LED, là où on s’attend à voir du blanc.

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Sur cette photo, le rétro-éclairage semble bien blanc et lumineux alors qu’il n’en est rien dans la vraie vie… (notez la fuite de rouge au-dessus de la touche de verrouillage majuscule, du W et du E, de rouge et de bleu sous la touche -, et notez la teinte rouge en haut et verte en bas de chaque caractère, c’est discret sur la photo, insupportable en vrai)

L’autre gros reproche que j’ai à faire à ce clavier est la fonte employée sur les keycaps. Elle rend difficile la lisibilité de certains caractères, alors qu’elle est déjà fortement réduite par les keycaps eux-même (et par le manque de luminosité du rétro-éclairage).

Deux autres “détails” que j’ai noté mais qui ne me choquent pas sur un clavier de ce prix : l’absence de réglage de l’inclinaison, et j’aurai souhaité un cordon coudé.

En ce qui concerne la frappe, elle est plutôt bonne, sauf sur les touches larges et en particulier la barre Espace, où la stabilisation n’est évidemment pas du niveau de certains claviers flagship. Je m’attendais à un bruit plus “caverneux”, produisant des vibrations et des échos désagréables, mais le clavier est beaucoup moins creux et beaucoup plus robuste que je le pensais. Du coup, il n’y a pas vraiment de bruits parasites, en tout cas lorsqu’il est posé sur un tapis de bureau.

Un point sur lequel j’ai été inattentif est le modèle du clavier. Il s’agit d’un SK61, donc dépourvu de bluetooth (le modèle avec bluetooth est estampillé SK61S).

Le clavier affiche une compatibilité avec macOS et Windows. Et, en effet, le logiciel tourne sur macOS Monterey sans aucun soucis. Par contre, il n’est ni ergonomique ni intuitif ! Simplement changer la couleur des touches est très compliqué (il faut créer un profil de couleurs dans un onglet, l’assigner au clavier dans un autre onglet, enregistrer, appliquer, etc.). Par contre, il est très complet puisqu’il permet de configurer jusqu’à trois “couches” de touches, tout un tas de macros, d’effets d’éclairage sapin de Noël/discothèque/boule disco, avec des réglages spécifiques à Windows et d’autres pour macOS, le tout pouvant être stocké dans la mémoire du clavier (jusqu’à un certain point que je n’atteindrai jamais).

Je m’estime assez sévère avec ce clavier, mais je ne le dénigre par pour autant. Je l’ai acheté en sachant qu’il y avait de fortes chances pour que ce ne soit qu’une étape vers quelque chose de plus haut de gamme. Je m’attendais à être déçu au point de le renvoyer à Amazon, mais malgré les reproches que j’ai à lui faire, j’ai décidé de le conserver.

Premièrement, pour bien m’habituer au format, à l’utilisation des combinaisons de touches, à la gestion des “couches”, et pour jouer un peu avec les macros. Ensuite parce que je l’ai choisi pour sa versatilité : les switches sont remplaçables (si je ne m’habitue pas aux Gateron Optical Blue, je peux passer à des Brown, voire aux autres types de switches optiques proposés par Gateron), de même que les keycaps - par voie de conséquence. Évidemment, je ne peux pas corriger les défauts du rétro-éclairage, mais je peux améliorer quelques trucs. Enfin, parce que je compte m’en servir comme clavier d’appoint une fois que j’aurai acquis mon clavier “définitif” : solution de remplacement en cas de panne (comme c’est actuellement le cas, mon Strafe étant fatigué au point de me doubler certaines touches ou d’oublier certaines frappes), clavier mobile pour le brancher et débrancher quand j’en ai besoin sur les serveurs, etc.

Conclusion

L’un dans l’autre, je suis content d’avoir acquis ce clavier parce que je peux me faire une idée beaucoup plus précise de ce que j’attends et de ce que je peux espérer.

Par exemple, si je suis content de la qualité des plastiques employés sur ce clavier de gamme moyenne, j’imagine que je serai exstatique face à un clavier en aluminium ! Si les switches Gateron Optical Blue ne me donnent pas entière satisfaction, je peux revenir à des Cherry MX Brown sur le prochain clavier. Le choix des keycaps est pléthorique, et je sais déjà que je peux en trouver des magnifiques, durables et agréables au toucher.