Les GAFAM

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Ça fait depuis longtemps que je veux m’exprimer sur la question. Mes sources d’information ont relativement abandonné cet acronyme, ne titillant plus mon exaspération. Mais mon arrivée sur ActivityPub a quelque peu changé la donne.

GAFAM. Google, Amazon, Facebook, Apple, Microsoft. On utilise cet acronyme pour désigner - certains - des géants du net. Je déteste cet acronyme à plus d’un titre. Voici pourquoi.

Ces cinq entreprises sont américaines. Et s’il y a une chose que j’ai bien constaté en France, c’est notre racisme envers les américains. Je ne sais pas d’où il vient, quelle rancune peut justifier une telle haine pour un peuple issu en partie de la France, dont nous avons aidé l’établissement face à l’empire britannique, qui nous a sauvé pendant la Seconde Guerre Mondiale, qui nous apporte tant, et qui nous a longtemps aimé plus que nous ne l’aimions (ce n’est plus le cas, et ça se comprend).

On dénigre ces cinq entreprises américaines rien qu’avec cet acronyme, en écartant toute entreprise chinoise ou Russe. Pourquoi contribuer à marginaliser la domination de Samsung, Baidu, Huawei, Xiaomi, Tencent, Yandex, en continuant d’utiliser un acronyme ne désignant que des entreprises américaines ?

Notre rancoeur vient sans doute du fait que nous disposions, un jour, d’un solide concurrent à Amazon : alapage, que nous avons démembré. Peut-être le regrettons-nous, et déversons notre haine vers Amazon pour cette raison.

En outre, nous n’avons pas de “géant du net” français. Nous essayons, bien sûr, mais c’est un simple fait : nous n’avons pas développé ou nous avons tué la concurrence internationale à Google, Amazon, Facebook, Apple, ou Microsoft. Et je crois que c’est dû à notre légendaire prétention nationale. À force de prôner qu’une entreprise est française, comme si c’était un argument commercial valable à l’étranger, il n’y a bien que des français pour en être client.

J’ai l’impression que le message diffusé contre l’utilisation des “GAFAM”, c’est surtout de ne pas envoyer les ressources françaises à l’étranger (argent, données, personnelles ou non), et plus précisément, aux États-Unis. Alors que le discours devrait réellement être plus philosophique et nuancé.

Aurons-nous la même haine contre une entreprise française qui se sera hissée dans les mêmes niveaux de capitalisation boursière ? Je parie que non, et qu’au contraire, on en serait fiers. Ou alors, on le passera sous silence. Avez-vous une bonne opinion d’Orange ? Moi non plus. Pourtant, c’est une entreprise française, présente à l’international, dont la capitalisation boursière est de plus de 28 milliards d’euros. Et si, pour être un “GAFAM”, il faut un mélange de monopole et de pratiques borderline, Orange mérite sûrement sa place dans l’acronyme.

Parce que finalement, c’est sûrement comme ça que le terme GAFAM se définit dans l’imaginaire collectif : un ensemble d’entreprises qu’il faut détester. Ils sont leaders dans leurs domaines respectifs, parfois même plusieurs d’entre eux, ce sont donc des cibles à abattre. C’est très réducteur, et ne peut aboutir à aucune solution viable. S’il y a un leader, c’est qu’il y a une hiérarchie, et que le leader sera remplacé par le second. Si on parle de capitalisation boursière, il y a une foule qui attend avec avidité de prendre la place d’un GAFAM. Super. Une fois érigée à ce rang, la société concernée sera haïe. Simplement parce qu’elle réussi.

En fin de compte, nous ne haïssons pas les GAFAM, nous haïssons leur réussite, et c’est une preuve de jalousie. Cibler spécifiquement des entreprises américaines est en plus une preuve de racisme. Est-ce vraiment ainsi que vous voulez définir un mouvement intellectuel ? Personnellement, ça ne m’intéresse pas.

Lutter pour la protection de nos données personnelles, empêcher leur centralisation, notre tracking publicitaire. Empêcher ces entreprises de relier des points qu’elles ne sont pas censées relier (géopolitique - santé - publicité comme Google, éducation - systèmes d’exploitation - hébergement de données comme Microsoft, commerce - hébergement de données - exploration spaciale comme Amazon, etc.). Les empêcher de détruire des écosystèmes. Oui, là, ça m’intéresse.

Mais ça ne se limite pas aux GAFAM. Et ce n’est pas parce que ce sont des sociétés américaines. Les idées contre lesquelles nous nous opposons sont mises en oeuvre aussi par des sociétés françaises, et le fait qu’elles stockent leurs données en France, ou paient leur impôts en France ne justifie en rien qu’elles le fassent.

Je rappellerai enfin qu’on a vertement critiqué les États-Unis dans leur opposition à Huawei, qu’on accueilli à bras ouverts en France, avant de se rendre compte de leur méfaits.

Arrêtez de parler de GAFAM. Ça ne veut rien dire. Et ce que ça exprime est faux, en plus de donner une mauvaise image de nous.